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La culpabilité alimentaire est-elle vraiment un problème individuel ?

  • Photo du rédacteur: Gaëlle Petit
    Gaëlle Petit
  • 31 janv.
  • 3 min de lecture


« Je sais ce qu’il faudrait faire, mais je n’y arrive pas. »

« Mon problème, c'est que je manque de volonté. »

« Je fais n’importe quoi avec la nourriture. »


Voici ce que j'entend très souvent en consultation. Ces phrases traduisent la profonde culpabilité, la sensation d'échec personnel et le fort auto-jugement associé.

Pourtant qu'en est il de cette culpabilité ?

Est-elle "naturelle" ? Concerne t'elle tous les individus dotés de conscience ?

Bien sûr que NON ! Elle est uniquement liée aux valeurs sociales, puis individuellement intégrée jusqu'à être complètement intériorisées.

Autrement dit, on se les approprie complètement.


Une culpabilité qui ne vient pas de nulle part

Dans nos sociétés occidentales, l’alimentation est devenue un marqueur moral. Bien manger serait le signe d’une personne responsable, disciplinée, soucieuse de sa santé, voir de l'environnement, de l'éthique. À l’inverse, « mal manger » est souvent associé à un manque de contrôle, voire à une faute.

Les discours de santé publique, les médias, les réseaux sociaux, l’industrie agro-alimentaire ou du bien-être et même parfois le discours médical participent à diffuser des messages souvent simplifiés :

  • il suffirait simplement de faire les « bons choix »,

  • chacun serait pleinement responsable de sa santé,

  • le poids deviendrait un indicateur central de réussite ou d’échec.


Cette vision individualisante invisibilise pourtant le contexte social imposé aux personnes :

  • conditions de travail,

  • charge mentale,

  • précarité économique,

  • accès réel aux aliments,

  • fatigue chronique,

  • stress et santé mentale,

  • niveau de connaissance en terme d'alimentation,

  • transparence des produits vendus,

  • Mais aussi injonctions contradictoires,

  • Sans parler du Lobbying qui floutent les "vraies" informations.

Tout cela participe à une sur-responbilisation de l'individu.


Quand les normes sociales deviennent des pensées automatiques

Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) nous permettent de comprendre comment nous intériorisons toutes ces normes sociales.

En TCC, on parle de pensées automatiques : ces phrases qui surgissent spontanément dans notre esprit, sans que nous les ayons choisies.

En matière d’alimentation, elles prennent souvent la forme de :

  • « Je suis nul·le »

  • « J’ai tout gâché »

  • « Je n’aurais pas dû »


Ces pensées ne naissent pas dans le vide. Elles sont nourries par des années de messages culturels :

  • vision dichotomique : catégorisation des aliments en « bons » et « mauvais »,

  • valorisation du contrôle et de la restriction,

  • peur du poids et de la prise de masse grasse,

  • importance accrue pour l'apparence corporelle,

  • société promulguant la minceur voir la maigreur.

Ainsi, très souvent les individis connaissent parfaitement les recommandations nutritionnelle mais malgré tout continuent à souffrir... Non pas par manque de connaissances mais surtout car le cadre cognitif dans lequel l'acte alimentaire est réalisé est saturé d'auto (parfois même d'hétéro)-jugement.


La fausse opposition entre responsabilité et contexte

Intégrer une dimension sociologique et politique en consultation ne signifie pas nier toute capacité d'action individuelle. Cela signifie sortir d’une vision culpabilisante et irréaliste du changement.

Dire que l’alimentation est influencée par des facteurs sociaux ne revient pas à dire que « rien n’est possible ». Cela permet au contraire de :

  • mieux comprendre les obstacles réels,

  • ajuster les objectifs,

  • réduire l’auto-jugement,

  • restaurer un sentiment d'efficacité personnel.

En TCC, on cherche à augmenter la marge de manœuvre d’une personne dans son contexte réel, pas dans un environnement idéal et fantasmé ou dans des capacités d'action idéalisées ou fantasmées.


Travailler la culpabilité alimentaire en pratique

D’un point de vue diététique et TCC, plusieurs axes sont essentiels :

1. Identifier les pensées culpabilisantes :

Non pour les supprimer, mais apprendre à les reconnaître comme des constructions — souvent héritées de normes sociales.

2. Questionner leur utilité :

La culpabilité aide-t-elle réellement à mieux manger ? Ou entretient-elle des cycles restriction–compensation ?

3. Redéfinir les objectifs alimentaires :

En les contextualisant (temps disponible, disponibilité mentale, contraintes économiques, culture alimentaire, contexte émotionnel, et bien d'autres encore).

4. Sortir du tout ou rien

La pensée dichotomique (« parfait ou raté ») est un puissant moteur de découragement. Travailler la nuance est souvent plus efficace que viser un idéal inaccessible.


Une approche plus juste de l’accompagnement

Déculpabiliser l’alimentation ne signifie pas renoncer à la santé ni à une régulation du poids. Cela signifie changer de cadre.

Faire un pas de côté pour poser un autre regard sur notre manière de nous alimenter.

Plutôt que de demander aux individus de s’adapter coûte que coûte à des injonctions parfois contradictoires, il s’agit de :

  • reconnaître les contraintes réelles,

  • travailler sur ce qui est modifiable actuellement,

  • accepter ce qui ne l’est pas à court terme, mais qui pourra l'être prochainement,

  • soutenir des changements progressifs et durables.

La culpabilité alimentaire n’est pas un moteur fiable du changement. La compréhension, la cohérence et le respect du contexte le sont davantage.



 
 
 

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